Et si le bon choix était celui qui remet du mouvement ?

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Je crois que j’ai mis très longtemps à comprendre un truc très simple.

Et je ne suis même pas sûr de réussir vraiment à l’appliquer aujourd’hui.

Pas parce que c’est compliqué.

Plutôt parce que je me suis construit autrement.

Depuis petit, j’ai beaucoup appris à réfléchir avant d’agir.

À anticiper.

À prévoir.

À imaginer les conséquences.

À essayer de ne pas me tromper.

Sur le papier, c’est plutôt une bonne chose.

Sauf qu’à force, il y a un piège.

On peut finir par confondre penser une situation avec vivre une situation.

Et ce n’est pas du tout la même chose.

Aller à gauche ou aller à droite

Je prends l’image la plus simple possible.

Tu es quelque part.

Tu peux aller à gauche.

Tu peux aller à droite.

Qu’est-ce qui détermine ton choix ?

Parfois, c’est évident.

Tu as soif.

À gauche, il y a de l’eau.

À droite, il n’y en a pas.

Tu vas à gauche.

Parfois, c’est plus flou.

Tu sens une intuition.

Un appel.

Un truc dans le corps qui dit : “plutôt par là”.

Parfois, tu raisonnes.

Tu compares.

Tu listes les avantages et les risques.

Et puis parfois, c’est un mélange de tout ça.

Tu veux aider quelqu’un, mais tu ne sais pas si cette personne a vraiment besoin d’aide.

Tu veux éviter un problème, mais tu ne sais pas s’il existe vraiment.

Tu veux faire le bon choix, mais tu n’as pas encore les informations pour savoir ce que “bon” veut dire.

C’est là que ça se complique.

Parce qu’au lieu d’aller à gauche ou à droite, tu peux rester immobile.

Extérieurement, rien ne bouge.

Mais intérieurement, ça tourne à fond.

“Si je vais à gauche, il peut se passer ça.”

“Oui mais si ça arrive, alors…”

“Et si je me trompe ?”

“Et si je blesse quelqu’un ?”

“Et si je rate une opportunité ?”

“Et si je découvre un mur ?”

Tu n’es plus dans l’action.

Tu es dans l’anticipation de l’action.

Le mur imaginé

Le problème, ce n’est pas d’avoir peur.

La peur peut être utile.

Elle peut signaler un vrai danger.

Elle peut aider à préparer.

Elle peut obliger à regarder un point qu’on aurait préféré éviter.

Le problème, c’est quand la peur prend le volant.

Tu avais peut-être envie d’aller à gauche.

Mais tu imagines un mur à gauche.

Un conflit.

Un rejet.

Un échec.

Une gêne.

Une conversation difficile.

Une conséquence que tu ne veux pas vivre.

Alors tu vas à droite.

Pas parce que tu veux vraiment aller à droite.

Mais parce que tu veux éviter ce que tu imagines à gauche.

Et c’est là que le piège est fort : tu n’as pas rencontré le mur.

Tu l’as imaginé.

Peut-être qu’il existait.

Peut-être qu’il n’existait pas.

Peut-être qu’il existait, mais que tu pouvais le traverser.

Peut-être qu’il était beaucoup plus petit que prévu.

Peut-être qu’il cachait autre chose derrière.

Tu ne le sauras pas.

Parce que tu es allé à droite.

Et à droite, évidemment, il y aura aussi des choses.

Des frottements.

Des murs.

Des imprévus.

Des bâtons dans les roues.

Sauf que là, tu risques de te dire :

“Je n’ai pas de chance.”

“La vie est contre moi.”

“Décidément, rien n’est simple.”

Alors qu’une partie du sujet est peut-être plus simple :

tu n’as pas choisi une direction.

Tu as choisi un évitement.

L’envie n’est pas un caprice

Je ne dis pas qu’il faut suivre toutes ses envies comme des ordres sacrés.

Ce serait trop simple.

Et probablement assez dangereux.

Une envie n’est pas une vérité absolue.

Mais c’est une information.

Quand tu es face à gauche ou droite, et qu’il n’y a pas de contrainte évidente, l’envie mérite d’être écoutée.

Pas idolâtrée.

Pas exécutée les yeux fermés.

Écoutée.

Qu’est-ce qui m’appelle ?

Qu’est-ce qui me donne de l’élan ?

Où est-ce que je sens de la vie ?

Où est-ce que j’ai envie d’aller voir ?

Et ensuite, tu regardes les peurs.

Pas pour les balayer.

Pas pour faire le héros.

Tu les regardes comme des alertes.

“Ok, j’ai peur de ça.”

“Ok, j’anticipe ça.”

“Ok, je me raconte que ça pourrait mal se passer.”

Très bien.

Mais est-ce que c’est un fait ?

Une hypothèse ?

Ou un film mental ?

C’est une distinction qui change tout.

Un fait demande une stratégie.

Une hypothèse demande un test.

Un film mental demande souvent du mouvement.

Le terrain donne une information que la tête ne peut pas produire

C’est peut-être ça, le cœur du sujet.

Tu peux lire 150 livres.

Écouter 200 podcasts.

Demander conseil à 12 personnes.

Faire des matrices de décision.

Tout ça peut aider.

Mais personne ne vivra exactement ce que toi tu vas vivre, dans les conditions où toi tu vas le vivre.

La situation est toujours trop complexe.

Trop située.

Trop vivante.

Il y a ton histoire.

Ton énergie du moment.

Les personnes en face.

Le contexte.

La météo intérieure.

Les signaux faibles.

Les hasards.

Les maladresses.

Les surprises.

Rien de tout ça ne rentre parfaitement dans un raisonnement avant l’action.

À un moment, il faut aller voir.

Pas forcément en grand.

Pas forcément en mode “je plaque tout et je pars vivre dans une cabane”.

Juste faire un mouvement.

Un petit.

Envoyer le message.

Poser la question.

Faire le premier pas.

Demander à la personne au lieu de supposer.

Tester une version légère.

Marcher avec la question.

Dire oui à une étape, pas à toute la suite.

Le mouvement te donne une information réelle.

Et cette information réelle est souvent plus utile que dix scénarios imaginés.

Aller vers l’envie, avec les alertes dans le sac

La phrase importante, pour moi, ce n’est pas :

“Va toujours là où tu as envie.”

C’est plutôt :

si l’envie est là, et que seule la peur bloque, fais un petit mouvement vers l’envie.

Avec prudence si nécessaire.

Avec des garde-fous.

Avec lucidité.

Avec la possibilité de faire demi-tour.

Mais fais un mouvement.

Parce qu’une fois que tu bouges, quelque chose se passe.

Tu rencontres peut-être le mur que tu avais anticipé.

Et peut-être que tu découvres que tu peux le traverser.

Tu rencontres peut-être le mur.

Et tu comprends qu’il faut contourner.

Tu ne rencontres peut-être pas le mur du tout.

Et tu réalises que tu as passé beaucoup d’énergie à discuter avec un fantôme.

Ou tu rencontres autre chose.

Un détour.

Une personne.

Une phrase.

Une opportunité.

Une limite.

Une surprise.

Dans tous les cas, tu as gagné quelque chose : de l’expérience.

Pas une théorie sur la vie.

Pas une belle idée.

Une expérience réelle.

Et l’expérience réelle augmente ta capacité d’adaptation.

Tu deviens moins dépendant de la prédiction.

Tu deviens plus disponible au rebond.

Le matin, la vie recommence en petit

Je crois que ça peut se jouer à des endroits très simples.

Le matin, par exemple.

Avant de remplir la journée avec des obligations, des automatismes, des “il faut”, tu peux prendre quelques secondes.

Qu’est-ce qui se passe dans mon corps ?

Qu’est-ce qui se passe dans ma tête ?

Qu’est-ce qui m’appelle aujourd’hui ?

Qu’est-ce que j’évite ?

Qu’est-ce que je peux tester, juste un peu ?

On ne parle pas forcément de grandes décisions.

Parfois, “aller à gauche”, c’est écrire une page.

Appeler quelqu’un.

Sortir marcher.

Dire non.

Dire oui.

Ouvrir un sujet.

Ranger un espace.

Démarrer un truc imparfait.

Et puis voir.

Tester.

Observer.

Rebondir.

Ce n’est pas très spectaculaire.

Mais peut-être que la vie se construit beaucoup plus comme ça que par grandes décisions parfaitement calculées.

Un mouvement.

Une observation.

Un ajustement.

Un autre mouvement.

Le petit guide

J’ai transformé cette idée en petit outil Notion.

Pas une méthode miracle.

Pas une promesse de “meilleure décision en 5 minutes”.

Juste une aide à la pensée et à l’expérience.

Un support pour les moments où tu hésites entre gauche et droite, et où tu sens que la tête commence à écrire un film beaucoup trop long.

Tu peux t’en servir pour :

  • nommer les deux directions ;
  • écouter ce qui appelle vraiment ;
  • distinguer un fait, une hypothèse et un film mental ;
  • choisir le plus petit mouvement possible ;
  • observer ce que le terrain t’apprend.

Le guide est ici : Guide — gauche ou droite : décider par le mouvement.

À garder pour la prochaine fois où tu sens que tu n’es plus en train de choisir.

Mais seulement d’éviter.

Merci de votre lecture — vous pouvez me contacter sur liut.me